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Jacques Lacan,
séminaire sur l'homme aux loups,
1952-53

Introduction Séance 0
3 séances suivantes :

n°1  pp. 6 - 9     En étudiant le cas Dora...
n°2  pp.10-15   La question qu'il faut poser...
n°3  pp.16- 22  Nos explications ont montré...

On  a  connaissance de ce séminaire par Nicole Sels : Bibliographie des travaux de J.Lacan, ronéoté, n.d., EFP.
Le séminaire se serait tenu dans l'appartement de l'auteur et n'aurait pas été sténotypé.
note de G.Taillandier, 26 novembre 1986.
 
 

Notes de 1952-53, séminaire dit de l'Homme aux loups



 
 
 
 

L'inconscient psychanalytique : c'est le fruit du refoulement lié à certaines phases du développement infantile centrées sur le complexe d'Oedipe.
Dans ce cas, on peut dire que le complexe d'Oedipe a été inachevé parce que le père est carent. Le complexe d'Oedipe n'a donc pas pu se réaliser dans sa plénitude au bon moment : le malade reste seulement avec des amorces du complexe d'Oedipe.
L'érotisme urétral est lié au trait de caractère ambitieux. Le langage en rend compte qui dit : "il vise plus haut qu'il ne peut pisser"...
La passion ambitieuse a un caractère relatif : l'ambitieux veut toujours aller plus haut que l'autre, sa passion ambitieuse est toujours insatisfaite.
Rapport à deux de la phase de latence pré-oedipienne = rapport de dominance ou de soumission.
La honte ne s'inscrit que dans un rapport à l'autre.

L'Homme aux loups permet électivement de mettre en relief les relations entre le développement du moi et l'évolution de la libido. Le conflit à base de super-ego est tout à fait au second plan dans cette observation. Le conflit est du registre des aspirations sexuelles mâles et femelles. On ne peut pas comprendre et englober tous les cas du refoulement si on ne met pas en lumière les rapports du narcissisme et de la libido.
Chez l'animal, l'activation des fonctions sexuelles n'est pas du tout déliée de toute espèce d'activités et de références à l'autre et au semblable (pigeonne et miroir, pariade et son rapport avec la parade).
Chez l'homme, il existe des rapports de connaissance - comme homme et femme - entre individus. Chez les animaux, le rapport du sujet est un rapport à deux. Dans un rapport à deux va se constituer la référence femelle à mâle : connaissance du partenaire. Mais chez l'homme, il se connaît avant ces références au spectacle déterminant, l'individu a déjà au moins cette connaissance de lui-même (stade du miroir).
En raison de cet accent mis dans l'expérience de ses exigences proprement narcissiques, il se révèle chez l'individu une sorte de prévalence d'un besoin de maîtrise qui va dans le sens contraire du choix instinctuel du choix de l'objet et cela donne, dans le cas de l'Homme aux loups, une situation très particulière. Le sujet fait un choix partiel et contrarié et cela l'amène à la méconnaissance de son partenaire féminin.
L'accent est mis et soutenu sur la dimension agressive du rapport narcissique et cela provoque l'éclatement de sa libido et sa vie instinctuelle en est réduite à des explosions compulsionnelles quand il rencontre une certaine image : celle de la servante accroupie, et il peut alors réaliser. Il est donc dans la position du maître (au sens hégélien), c'est-à-dire qu'il est séparé de ses objets, dépossédé de son objet sexuel. Celui-ci étant constitutif du caractère et du monde humain normaux. S'il n'arrive pas au rapport à trois, c'est parce que le complexe d'Oedipe n'a pas été réalisé chez lui.

L'expérience scoptophilique est passivante.
Dans le refoulement Freud distingue le conflit, à l'intérieur du sujet, de la bi-sexualité ( lutte narcissique pour maintenir sa virilité et réprimer, refouler la tendance homosexuelle). Le Moi prend parti : investissement narcissique de la forme virile.
Il peut aussi y avoir conflit entre le Moi et quelquechose venant des instincts sexuels : c'est un cas plus large que le premier (qui est un sous-cas).
Chez l'Homme aux loups, le complexe d'Oedipe est inversé, et ce, malgré la moins value de l'image paternelle.
Il y a schisme entre la vie intellectuelle et la vie instinctuelle du sujet.
Il y a des rapports hétéro-sexuels qu'il vit d'une manière compulsionnelle, irruptive dans sa vie et qui est liée à un stéréotype (image de la servante), et dépourvue des sentiments que comporte normalement cette situation sexuelle. C'est un processus à deux de maître à esclave.
La scène ravageante est survenue à la fin du stade du miroir : elle est passivante et cette passivité constitue la fixation homosexuelle insconsciente.

La phobie : la peur de la castration est inséparable de l'image du père alors que la menace n'est pas exprimée par le père, mais au contraire par des femmes. Mais il est intervenu quelque chose qui a suppléé à l'absence du père et qui l'a fait sous la forme de l'initiation religieuse.
Il y a superposition d'un petit noyau hystérique, d'une formation infantile de névrose obsessionnelle et d'une structure paranoïaque de la personnalité.
Le père introduit un nouveau mode de référence à la réalité : c'est parce que la jouissance du sujet lui est d'une certaine façon ravie qu'il peut se situer lui-même : c'est le rôle du complexe d'Oedipe.
Dans la rivalité, il y a deux faces : une face de lutte, une face d'idéal et de modèle. Toute la difficulté pour l'être humain, avant la sexualité proprement génitale, est d'être un Moi qui se reconnaît et s'aliène dans l'autre. La sexualité demande l'intervention d'un plan culturel. Par rapport au père, le sujet va avoir à se situer.
Dans la phobie, il y a intervention de l'animal. A ce sujet, Freud fait intervenir les faits du totémisme : drame de l'Oedipe = drame du meurtre du père. Ce que l'on appelle la sublimation, c'est la socialisation des instincts.

Dans le refoulement, il y a exclusion de la conscience d'un certain relationnel qui n'en continue pas moins à dominer le sujet. Le refoulement entraîne l'attraction propre d'une situation exclue de la conscience et la méconnaissance, l'aveuglement, dans le système conscient subjectif, et tout ce qui est coordonné à cette situation tend à rejoindre la masse du refoulé : c'est le système de l'inconscient qui a une inertie propre et qui continue à attirer dans cette sphère d'amnésie tout ce qui y est connexe et gêne la réalisation du sujet (comme par exemple ayant vécu telle situation œdipienne). Tout ceci est assez électivement localisé autour du rapport au père et à la mère chez un sujet névrosé. Le complexe d'Oedipe a aussi une fonction normativante à côté de ses incidences sur la genèse des névroses.