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D'un discours
qui ne serait pas du semblant
(10)

 

séminaire oral du 16 juin 1971

Jacques Lacan

ceci n'est pas une pipe

En rapport avec les documents sonores disponibles en archives au groupe Lutecium, les extraits proposés sur cette page sont une transcription écrite de la séance qui a été relue à l'aide de la bande son.

Transcription de la version parlée

    Je vais essayer aujourd'hui de fixer le sens de cette route par laquelle je vous ai menés cette année sous le titre  D'un discours qui ne serait pas du semblant. Cette hypothèse, - car c'est au conditionnel que ce titre vous est présenté - cette hypothèse est celle dont se justifie tout discours.
    N'omettez pas que l'année dernière, j'ai essayé d'articuler en quatre discours typiques, ces discours qui sont ceux auxquels vous avez affaire dans un certain ordre instauré, qui bien sûr, ne se justifie lui-même que pour l'histoire. Si je les ai brisés en quatre, c'est ce que je crois avoir justifié du développement que je leur ai donné et de la forme que dans un écrit dit Radiophonie, paradoxalement, mais pas tellement que cela, si vous avez entendu ce que j'ai dit la dernière fois, un certain ordre donc, dans cet écrit, vous rappelle les termes.
    C'est du glissement toujours syncopé, du glissement des quatre termes dont il y a toujours deux qui font béance, que ces discours que j'ai désignés nommément du discours du maître, du discours universitaire, du discours que j'ai privilégié du terme de l'hystérique et du discours de l'analyste, que je les ai ordonnés. Ces discours ont la propriété de toujours avoir leur point d'ordonnance, qui est aussi celui d'ailleurs dont je les épingle, d'être à partir du semblant.
    Qu'est-ce que le discours analytique a de privilégié d'être celui qui nous permet, en somme, les articulant ainsi, de les répartir aussi en quatre dispositions fondamentales ? C'est paradoxal, c'est singulier qu'une pareille énonciation se présente, comme au terme de ce que celui qui se trouve être à l'origine du discours analytique, à savoir Freud, a permis. Il ne l'a pas permis à partir de rien. Il l'a permis à partir de ce qui se présente - je l'ai bien des fois articulé - comme étant au principe de ce discours même, à savoir ce qui se privilégie d'un certain savoir qui éclaire l'articulation au savoir de la vérité.
    Il est à proprement parler prodigieux que ceux-là mêmes qui, pris d'une certaine perspective, celle que nous pourrions définir de se poser comme au regard de la société, ceux donc qui, dans cette perpective se présentent comme des infirmes, soyons plus aimables : comme des boiteux, et l'on sait que beauté boîte - à savoir les névrosés, et nommément les hystériques et les obsessionnels, que ce soit d'eux que parte, que soit parti ce trait de lumière foudroyant qui traverse de long en large la demansion que conditionne le langage. La fonction qu'est la vérité, voire à l'occasion ... [bruits dans la salle ...]a   ... chacun sait la place que cela tient dans l'énonciation de Freud,  voire cette cristallisation qu'est ce que nous connaissons sous sa forme moderne, ce que nous connaissons de la religion, nommément la tradition judéo-chrétienne sur laquelle porte tout ce qu'a énoncé Freud à propos des religions.

    Ceci est cohérent, je le rappelle, avec cette opération de subversion de ce qui jusqu'alors s'était soutenu à travers toute une tradition sous le titre de la connaissance, et cette opération s'origine de la notion de symptôme. Il est important historiquement de s'apercevoir que ce n'est pas là que réside la nouveauté de l'introduction à la psychanalyse réalisée par Freud : la notion du symptôme, comme je l'ai plusieurs fois marqué et comme il est très facile de la repérer à la lecture de celui qui en est responsable, à savoir Marx.
    Ce qu'il y a, dans la théorie de la connaissance, de fondamentale duperie, cette dimension du semblant qu'introduit la duperie dénoncée comme telle par la subversion marxiste, le fait que ce qui est dénoncé, c'est justement toujours dans une certaine tradition parvenue à son acmé avec le discours hégélien, que quelque semblant y est instauré en fonction de poids et mesure si je puis dire, à tenir pour argent comptant, et ce n'est pas pour rien que j'emploie ces métaphores, puisque c'est autour de l'argent, autour du capital comme tel, que joue le pivot de cette dénonciation qui fait résider dans le fétiche ce quelque chose qu'un retour de la pensée doit remettre à sa place très précisément en tant que semblant.
    Le singulier de cette remarque est tout de même fait aussi pour nous faire apercevoir qu'il ne suffit pas que quelque chose s'énonce dans cette dénonciation qui se pose comme vérité au nom de laquelle émerge, se promeut la plus-value comme étant le ressort de ce qui réduit à son semblant de ce qui jusque-là se soutenait d'un certain nombre de méconnaissances délibérées, il ne suffit pas, remarquerai-je et l'histoire le démontre, que cette irruption de la vérité se produise pour que pour autant soit abattu ce qui se soutient de ce discours.
    Ce discours, que nous pourrions appeler dans l'occasion "capitaliste" en tant qu'il est détermination du discours du maître, y trouve bien en fait et bien plutôt son complément. Il apparaît que, loin que le discours capitaliste se porte plus mal de cette reconnaissance comme telle de la fonction de la plus-value, il n'en subsiste pas moins, qu'aussi bien capitalisme repris dans un discours du maître est bien ce qui semble distinguer les suites politiques qui ont résulté, sous forme d'une révolution politique, qui ont résulté de la dénonciation marxiste de ce qu'il en est d'un certain discours du semblant.
    C'est bien en quoi je ne m'appesantirai pas ici sur ce qu'il en est de la mission historique par là dévouée, dans le marxisme ou tout au moins dans ses manifestes, dévouée aux prolétaires. Il y a là, je dirais, un reste d'entification humaniste qui en faisant du prolétaire celui bien sûr qui dans ce mécanisme se trouve le plus dépouillé, n'en montre pas moins que quelque chose subsiste, qui le fait subsister effectivement dans cet état de dépouillement, et que le fait qu'il soit le support, le support de ce qui se produit sous l'espèce de la plus-value, n'est pas pour autant quelque chose qui d'aucune façon le libère de l'articulation de ce discours.
    C'est bien en quoi cette dénonciation nous reporte à une interrogation sur ce quelque chose qui pourrait être plus originel et qui se trouverait dans l'origine même de tout discours en tant qu'il est discours du semblant. C'est bien en quoi aussi ce que j'ai articulé sous le terme de plus-de-jouir nous reporte à ce qui est interrogé dans le discours freudien comme mettant en cause le rapport de quelque chose qui s'articule à proprement parler et à nouveau comme vérité en opposition à un semblant, et cette vérité, cette opposition et cette dialectique de la vérité et du semblant se trouve, si ce que Freud a dit a un sens, située au niveau de ce que j'ai désigné du terme du rapport sexuel.

    J'ai en somme osé articuler, inciter à ce qu'on s'aperçoive que si cette révélation qui nous est fournie par le savoir du névrosé concernant quelque chose n'est rien d'autre que ceci qui s'articule "d'il n'y a pas de rapport sexuel."
    Qu'est-ce que cela veut dire ? Non pas certes que le langage, puisque déjà je le dis, "il n'y pas de rapport sexuel", c'est quelque chose qui peut se dire, puisque maintenant c'est dit, mais bien sûr il ne suffit pas de le dire, il faut encore le motiver ; et les motifs, nous les prenons dans notre expérience prise du fil suivi de ce qui s'accroche à cette béance fondamentale et ce fil suivi, il se noue, il a son départ central, enroulé autour de ce vide dans ce qui donne le discours du névrosé.
    La dernière fois, j'ai - je vous l'ai fait sentir, assez souligné - tenté d'amorcer d'un écrit comment peut se situer ce qu'il en est du point de départ de ce fil. J'ai l'intention aujourd'hui, non pas bien sûr - la chose est au-delà des limites de tout ce qui peut se dire dans l'espace limité d'un séminaire - non pas de ce que le névrosé indique de son rapport à cette distance, mais de ce que les mythes, les mythes dont s'est ordonné, si je puis dire, non pas toujours sous la dictée, mais en écho au discours du névrosé, les mythes que Freud a forgés. Pour pouvoir le faire dans un temps aussi court, il faut partir de ce point vraiment central, qui est aussi un point d'énigme du discours psychanalytique, du discours psychanalytique en tant qu'il n'est ici qu'à l'écoute de ce discours dernier, de celui qui ne serait pas du discours du semblant.
    Il est à l'écoute d'un discours qui ne serait pas, mais qui aussi bien n'est pas, je veux dire que ce qui s'indique n'est que la limite imposée au discours quand il s'agit du rapport sexuel. J'ai essayé, quant à moi au point où j'en suis, d'où j'avance tout ce qui pourrait s'en formuler plus avant, de vous dire que c'est de son échec au niveau d'une logique, d'une logique qui se soutienne de ce dont toute logique se soutient, à savoir de l'écriture.
    Il est clair que l'oeuvre de Freud est une oeuvre écrite, mais aussi bien aussi que ce qu'elle dessine de ces écrits, c'est quelque chose qui entoure d'une vérité voilée, obscure, celle qui s'énonce de ceci qu'un rapport sexuel, tel qu'il passe dans un quelconque accomplissement ne se soutient, ne s'assied que de cette composition entre la jouissance et le semblant qui s'appelle la castration.
    Que nous la voyons resurgir à tout instant dans le discours du névrosé mais sous la forme d'une crainte, d'un évitement, c'est justement en cela que la castration reste énigmatique ; qu'aucune, en somme, de ses réalisations, sous des formes fort diverses, mouvantes, chatoyantes, ou aussi bien l'exploration de la psychopathologie, du phénomène analysable tout au moins de cette psychopathologie, que les excursions dans l'ethnologie le permettent, il n'en reste pas moins que ce quelque chose dont se distingue tout ce qui est évoqué comme castration, nous le voyons sous quelle forme ? sous la forme toujours d'un évitement.
    Si le névrosé, si je puis dire témoigne de l'intrusion nécessaire de ce que j'ai appelé à l'instant cette composition de la jouissance et du semblant qui se présente comme la castration, c'est justement en ce qu'il s'y montre de quelque façon inapte et, si tout ce qu'il en est des rituels d'initiation qui, comme vous le savez, et si vous ne le savez pas, vous n'avez qu'à lire les ouvrages techniques et pour en prendre deux qui sont produits de l'intérieur du champ analytique lui-même, je vous désigne respectivement : The problems of bisexuality as reflected in circoncision, c'est-à-dire Problèmes de la bisexualité en tant que réfléchis dans la circoncision de Hermann Nunberg, paru à  [...] c'est-à-dire, en fin de compte à l'Imagopublishing de Londres, et d'autre part l'ouvrage intitulé : Blessures symboliques, de Bruno Bettelheim.
    Vous y verrez, déployée dans toute son ambiguïté, dans son flottement fondamental, l'hésitation en quelque sorte de la pensée analytique entre une ordonnance explicative qui fait d'une crainte de la castration laissée tout à fait en panne et en quelque sorte au p'tit bonheur ou malheur, comme vous voudrez, des accidents dans lesquels se présentent quelque chose qui, pris dans ce registre, ne serait que l'effet d'on ne sait quel malentendu, lui-même source jaillie de préjugés, de maladresses, de quelque chose de rectifiable ou au contraire d'une pensée qui s'aperçoit qu'il y a bien là quelque chose dont la constance, à tout le moins dans un nombre immense des productions que nous pouvons enregistrer sous tous les registres, que les catalogues soient plus ou moins bien faits, que ce soient ceux de l'ethnologie ou de la psychopathologie que j'évoquais tout à l'heure, ou d'autres, nous mettent en face de ceci que c'est de - et Freud l'exprime à l'occasion : il sait fort bien le dire dans Malaise dans la civilisation - c'est à propos de quelque chose qui, après tout, ne rend pas si nouveau ce que j'ai formulé de "il n'y a pas de rapport sexuel", il indique, il indique bien sûr, en des termes comme il le fait d'habitude, tout à fait clairs, que sans doute là-dessus très précisément à propos du rapport sexuel, quelque fatalité s'inscrit qui y rend nécessaire ce qui alors apparaît comme étant les moyens, les ponts, les passerelles, les édifices, les constructions pour tout dire, qui, à la carence de ce rapport sexuel pour autant qu'après tout, dans une sorte d'inversion de perspective, tout discours possible n'en apparaîtrait que comme le symptôme, qui à l'intérieur de ce rapport sexuel, ménage dans des conditions, dans des conditions que comme à l'ordinaire nous reportons dans la préhistoire, dans les domaines extra-historiques, qui dans ces conditions-là permettrait en quelque sorte la réussite de ce qui pourrait s'établir d'artificiel, en suppléant à ce manque inscrit en somme dans l'être parlant, sans que nous puissions savoir si c'est de ce qu'il soit parlant que c'en est ainsi, ou au contraire de ce que l'origine soit que le rapport n'est pas parlable, qu'il faut que s'élabore pour tous ceux qui habitent le langage, qu'il faut que pour eux s'élabore quelque chose qui remplisse, sous la forme de la castration, la béance laissée dans ce quelque chose de pourtant essentiel, biologiquement essentiel à la reproduction de ces êtres vivants, à ce que leur race demeure féconde. Tel est bien en effet le problème à quoi semble faire face tout ce qu'il en est des rituels d'initiation.

    Que ces rituels d'initiation comprennent des manipulations, opérations, incisions, circoncisions, qui visent et mettent leur marque très précisément sur l'organe que nous voyons fonctionner comme symbole dans ce qui, par l'expérience analytique, nous est présenté comme allant bien au-delà du privilège d'un organe, puisque c'est le Phallus, et le Phallus en tant que c'est à ce tiers que s'ordonne tout ce qui en somme met en impasse la jouissance qui fait de l'homme et de la femme en tant que nous les définirions d'un simple épinglage biologique ces êtres qui très précisément sont, avec la jouissance sexuelle et d'une façon élective parmi toutes les autres jouissances, en difficulté avec elle, c'est bien de cela qu'il s'agit et c'est de là que nous devons partir si nous voulons que se maintienne un sens correct à ce qui s'inaugure du discours analytique.

    S'il existe - on nous le suppose - quelque chose de défini, c'est ce que nous appelons la castration qui aurait le privilège de parer à ce quelque chose dont l'indécidable fait le fond du rapport sexuel pour autant que la jouissance y doit être ordonnée. Au regard de ceci qui ne semble pas inévitable - et je parle de ces énoncés -, la dramaturgie de contrainte qui fait comme ça le quotidien du discours analytique est tout à fait contraire, tout à fait contraire à ceci, c'est une remarque et qui fait la valeur du livre second de Bruno Bettelheim que je vous ai pointé et qui est évidemment tout à fait contraire avec ceci qui est la seule chose importante : il ne s'agit pas de repousser dans la préhistoire ce qu'il en est des rituels d'initiation, les rituels d'initiation, comme tout ce que nous pouvons avoir envie de repousser dans la préhistoire. Ils sont là, ils existent toujours, ils sont vivants de par le monde : il y a encore des Australiens qui se font circoncire, subinciser, il y a des zones entières dans la civilisation où la circoncision règne et méconnaître que dans un siècle dit de lumière, ces pratiques, non seulement subsistent, mais sont florides, se portent fort bien, c'est évidemment de là que nous devons partir pour nous apercevoir que ce n'est aucune dramaturgie concevable de contrainte quelle qu'elle soit, qu'il n'y a pas d'exemple que ce soit seulement la contrainte. Il s'agit encore de savoir ce que veut dire une contrainte, une contrainte n'est jamais que quelque chose d'un tout autre ordre que la prétendue prévalence d'une prétendue supériorité physique ou autre ; elle se supporte précisément de signifiants et, si c'est à la loi, à la règle des dits signifiants que de tels sujets veulent bien se soumettre, c'est bien pour des raisons !
    Et ces raisons, c'est ce qui nous importe et c'est là que nous devons bien plutôt interroger quelle est la complaisance, pour employer un terme qui pour nous mener tout droit à l'hystérique n'en est pas moins d'une portée extrêmement générale, la complaisance qui fait que subsiste bel et bien, et en des temps tout à fait historiques ce qu'il en est de ce qu'on nous présente comme quelque chose dont à soi seul l'image serait insupportable, et elle pourrait l'être en effet insupportable pour tel ou tel, et justement c'est de cela qu'il s'agit, c'est de savoir pourquoi.

    C'est là que je reprends mon fil, c'est à suivre ce fil que nous donnons sens à ce qui s'articule du langage dans ce que j'appellerai cette parole inédite, en tout cas inédite jusqu'à une certaine époque qui, elle, est bel et bien historique et à notre portée, cette parole inédite et qui se présente, en somme, comme devant toujours pour une part le rester, il n'y a pas d'autre définition à donner à l'inconscient.
    Venons-en maintenant à l'hystérique, puisqu'il me plaît de partir de l'hystérique pour essayer de voir où nous conduit ce fil. L'hystérique, mais vous allez me demander, enfin j'espère bien que non en tout cas, qu'est-ce que c'est ?
Justement enfin c'est cela le sens du discours analytique. C'est qu'à une pareille question - qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que ça veut dire, l'hystérique en personne ? -, il me semble avoir travaillé assez longtemps à partir de l'imaginaire pour indiquer qu'en personne, rappeler simplement ce qui est déjà écrit dans le terme de "personne", ça veut dire en masque.
    Aucune réponse de départ ne peut être donnée de ce sens.
    A la question : Qu'est-ce que l'hystérique ? la réponse du discours analytique, c'est "vous le verrez bien". Vous le verrez bien justement à suivre où elle nous conduit. Sans l'hystérique bien sûr, ne serait nulle part venu au jour ce qu'il en est de ce que j'inscris, puisque j'inscris, j'essaie de vous donner la première ébauche logique de ce dont il s'agit maintenant, de ce que j'écris F ( x ) - grand phi de x - qui est à savoir que la jouissance, cette variable dans la fonction inscrite en x, se situe de ce rapport avec ce F qui là désigne le Phallus, découverte centrale, ou plutôt redécouverte ou, comme vous voudrez, rebaptême, puisque, comme je vous l'indiquais la dernière fois, c'est du Phallus en tant que semblant dévoilé dans les mystères que le terme est repris et non pas par hasard, pour bien en sentir du [...]b. la dérision [...] c'est le comble du paradoxe (rires) puisque c'est très précisément dans le fait que c'est au semblant du Phallus qu'est rapporté le point pivot, le centre de tout ce qui peut s'ordonner ou se contenir de la jouissance sexuelle que dès les premières approches des hystériques, dès les "Studien über Hystérie", Freud nous amène.
    J'ai, la dernière fois, articulé ceci qu'en somme à prendre les choses du point qui peut en effet être interrogé de ce qu'il en est du discours le plus commun, que si nous voulons, non pas porter à son terme ce que la linguistique nous indique, mais justement l'extrapoler, à savoir nous apercevoir que rien de ce que le langage permet de faire n'est jamais que métaphore ou bien métonymie, que le quelque chose que toute parole quelle qu'elle soit prétend un instant dénoter ne fait jamais que renvoyer à une connotation et que s'il y a quelque chose qui puisse au dernier terme s'indiquer comme étant ce qui de toute fonction appareillée du langage se dénote, je vous l'ai dit la dernière fois, il n'y a qu'une Bedeutung, "Die Bedeutung des Phallus", c'est là seul ce qui est du langage dénoté, dénoté bien sûr sans que puisse jamais rien y répondre, puisque s'il y a bien quelque chose qui caractérise le Phallus, ça n'est, non pas d'être le signifiant du manque comme certains ont cru pouvoir entendre certaines de mes paroles, mais d'être assurément en tout cas ce dont ne sort aucune parole. Sinn et Bedeutung, c'est de là, je l'ai rappelé la dernière fois, c'est de cette opposition articulée par le logicien vraiment inaugural qu'est Frege, Sinn et Bedeutung définissent des repères qui vont plus loin que ceux de connotation et de dénotation ; beaucoup de choses dans cet article dont vraiment Frege instaure les deux versants du Sinn et de la Bedeutung, beaucoup de choses sont à retenir, et spécialement pour un analyste.
    Car assurément, sans une référence logique, et qui bien sûr ne peut se suffire de la logique classique, de la logique aristotélicienne, sans une référence logique, il est impossible de trouver le point juste dans les matières que j'aborde.
  La remarque de Frege tourne toute entière autour de ceci que portés à un certain point du discours scientifique, ce que nous constatons, c'est par exemple des faits comme celui-ci, n'est-ce pas : est-ce la même chose que de dire Vénus ou de l'appeler de deux façons, comme elle fut longtemps désignée, "l'étoile du soir" et "l'étoile du matin" ? Est-ce la même chose de dire Sir Walter Scott ou de dire "l'auteur de Waverley" ?
    Je vous préviens, pour ceux qui l'ignoreraient, qu'il est effectivement l'auteur de cet ouvrage qui s'appelle "Waverley". C'est à l'examen de cette distinction que Frege s'aperçoit qu'il n'est pas possible en tous les cas de remplacer Sir Walter Scott par "l'auteur de Waverley". C'est en cela qu'il distingue ceci que l'auteur de Waverley véhicule un sens, un Sinn et que Sir Walter Scott désigne une Bedeutung.

    Il est clair que si l'on pose, si l'on pose avec Leibniz que "salva veritate", sauver la vérité, il faut poser que tout ce qui se désigne comme élément d'une Bedeutung équivalente peut indifféremment se remplacer, et si on met la chose à l'épreuve, je vais tout de suite le mettre à l'épreuve selon des voies tracées par Frege lui-même, le roi George III - peu m'importe que ce soit George III ou George IV, ça n'a en l'occasion que peu d'importance - demandait, s'informait de savoir si Sir Walter Scott était "l'auteur de Waverley".
    Si nous remplaçons "l'auteur de Waverley" par "Sir Walter Scott", nous obtenons la phrase suivante : "le roi George III s'informait pour savoir si Sir Walter Scott était Sir Walter Scott, ce qui bien évidemment n'a absolument pas le même sens. C'est à partir de cette simple remarque, opération logique que Frege instaure, inaugure sa distinction fondamentale du Sinn et de la Bedeutung.
    Il est tout à fait clair que cette Bedeutung renvoie bien sûr à une Bedeutung toujours plus lointaine. Pour lui, bien sûr, il s'en arrête à la distinction de ce qu'il appelle le discours oblique et le discours direct. C'est pour autant que c'est dans une subordonnée, que c'est le roi George III qui demande, que nous devons ici maintenir les Sinn dans leur droit et ne remplacer en aucun cas "l'auteur de Waverley" par "Sir Walter Scott". Mais ceci bien sûr est un artifice, c'est un artifice qui pour nous, nous met sur la voie de ceci, à savoir que "Sir Walter Scott" en l'occasion, c'est un nom, et aussi bien que quand Monsieur Carnap reprend la question de la Bedeutung, c'est par le terme nominatum qu'il le traduit, en quoi justement il glisse là où il n'aurait pas fallu glisser. Car ceci justement est ce qui peut nous permettre d'aller plus loin, mais certainement pas dans la même direction que Monsieur Carnap. C'est celle de ce que veut dire le nom, nom : N.O.M. ! je le répète, comme la dernière fois.
    Il nous est très facile de faire ici le joint avec ce que j'ai indiqué tout à l'heure. Je vous ai fait remarquer que le Phallus ne répondait pas. Eh bien, ceci vous met sur la voie du point que je désire ici accentuer, c'est que le Nom, le nom Name et le nom "[prononcé Now?]" , mais on ne voit bien que les choses qu'au niveau du nom propre, comme disait l'autre, le nom, c'est ce qui appelle, mais à quoi ? C'est ce qui appelle à parler !
    Et c'est bien ce qui fait le privilège du Phallus. C'est qu'on peut l'appeler éperdument, il ne dira toujours rien.
    Seulement ceci alors donne son sens à ce que j'ai appelé en son temps la métaphore paternelle, et c'est là que nous conduit l'hystérique.
    La métaphore paternelle, bien sûr, là où je l'ai introduite, c'est-à-dire au niveau de mon article sur la Question préalable à tout traitement possible de la psychose, je l'ai insérée dans le schéma général extrait du rapprochement de ce que nous dit la linguistique sur la métaphore avec ce que l'expérience de l'inconscient nous donne de la condensation. J'ai écrit le S sur S1 multiplié par le S1 sur le petit s

S sur S1 multiplié par le S1 sur petit s

je me suis, comme j'ai écrit également dans l'Instance de la lettre, fortement appuyé sur cette face de la métaphore qui est d'engendrer un sens. Si l'auteur de Waverley c'est Sinn, c'est très précisément parce que l'auteur de Waverley remplace quelque chose d'autre qui est Bedeutung initiale que Frege croit pouvoir épingler du nom de "Sir Walter Scott". Mais enfin il n'y a pas que sous cet angle que j'ai envisagé la métaphore paternelle. Si j'ai écrit quelque part que le Nom-du-père, c'est le Phallus, et Dieu sait quels frémissements d'horreur ceci a évoqué dans quelques âmes pieuses, c'est précisément parce qu'à cette date je ne pouvais pas l'articuler mieux.
    Ce qui est clair, c'est que c'est le Phallus bien sûr mais que c'est tout de même le Nom-du-Père. Ce qui est nommé Père, le Nom-du-père, si c'est un nom qui, lui, a une efficace, c'est précisément parce que quelqu'un se lève pour répondre. Sous l'angle de ce qui se passait pour la détermination psychotique de Schreber, c'est en tant que signifiant, signifiant capable de donner un sens au désir de la mère qu'à juste titre je pouvais situer le Nom-du-Père. Mais, au niveau de ce dont il s'agit quand c'est, disons, l'hystérique qui l'appelle, ce dont il s'agit c'est que quelqu'un parle. Je voudrais ici vous faire observer que si Freud a quelquefois essayé d'approcher d'un peu plus près cette fonction du Père qui est tellement essentielle au discours analytique qu'on peut dire d'une certaine façon qu'elle en est le produit.
    Si je vous ai écrit le discours analytique 2. : petit a sur S2, c'est-à-dire l'analyste sur ce qu'il a de savoir par le névrosé, qui questionne le sujet pour y introduire quelque chose, on peut dire que le signifiant Maître, jusqu'à présent du discours analytique, c'est bien le Nom-du-Père. Il est extrêmement curieux qu'il ait fallu le discours analytique pour que là-dessus se posent les questions : qu'est-ce qu'un Père ?
    Freud n'hésite pas à articuler que c'est la, c'est le, le nom par essence qui implique la foi. C'est la façon dont il s'exprime. Nous pourrions peut-être tout de même en désirer un petit peu plus. Après tout, à prendre les choses au ras niveau du biologique, on peut parfaitement concevoir que la reproduction de l'espèce humaine - ça c'est déjà fait, c'est sorti déjà de l'imagination d'un romancier - se produise sans aucune espèce d'intervention d'un être désigné sous le titre du père. L'insémination artificielle après tout ne serait pas là pour rien.
    Qu'est-ce qui en somme fait la présence, depuis un temps qui n'est pas d'hier, de cette essence du Père ? Et après tout est-ce que, nous-mêmes analystes, nous savons bien ce que c'est ? Je voudrais tout de même vous faire remarquer ceci, c'est que dans l'expérience analytique le père n'est jamais que référentiel. Nous interprétons telle ou telle relation avec le père : est-ce que nous analysons jamais quelqu'un en tant que père ? Qu'on m'apporte une observation ! Le père est un terme de l'interprétation analytique. A lui se réfère quelque chose.
    C'est à la lumière de ces remarques, [qui... si vous le voulez bien, que j'abrège], que je voudrais quand même vous situer ce qu'il en est du mythe de l'Oedipe. Le mythe de l'Oedipe fait en quelque sorte tracas, parce que soit disant il instaure la primauté du père, qu'il serait une espèce de reflet du patriarcat.
    Je voudrais vous faire sentir quelque chose, qui... enfin ce par quoi, à moi tout au moins, il me paraît pas du tout un reflet du patriarcat. Bien loin de là. Il nous fait  apparaître seulement ceci : un point d'abord par où la castration pourrait être serrée d'un abord logique et de cette façon que je désignerai d'être numérable. Le père, non seulement est castré, mais il est précisément castré au point de n'être qu'un numéro. Ceci s'indique tout à fait clairement dans les dynasties, tout à l'heure, je vous parlais d'un roi que je ne savais plus très bien comment l'appeler George III ou George IV. Pensez que ce qui est justement, ce qui parait le plus typique de la représentation de la paternité, à savoir la royauté, c'est comme ça que ça se passe : George I, George Il, George III, George IV.

    Mais enfin il est bien évident que ça n'épuise pas la question, qu'il n'y a pas seulement numéro : il y a nombre. Pour tout dire, j'y vois le point d'aperception de la série des nombres naturels, comme on s'exprime, et comme on s'exprime pas si mal, car, vous le voyez, c'est très proche de la nature.
    Je voudrais vous faire remarquer que puisqu'on évoque toujours à l'horizon l'histoire, ce qui bien entendu est une raison de suspicion extrême, je voudrais vous faire simplement remarquer  ceci : c'est que matriarcat, comme on s'exprime, n'a aucun besoin d'être repoussé aux limites de l'histoire. Le matriarcat consiste essentiellement en ceci : c'est que pour ce qui est de la mère, comme Freud le souligne à l'occasion, il n'y a pas de doute.
    On peut à l'occasion perdre sa mère dans le métro bien sûr, mais enfin il n'y a pas de doute sur qui est la mère. Il n'y a également aucun doute sur qui est la mère de la mère, et ainsi de suite. La mère, dans sa lignée, je dirai est innombrable. Elle est innombrable dans tous les sens propres du terme. Elle n'est pas à numérer parce qu'il n'y a pas de point de départ. La lignée maternelle a beau être nécessairement en ordre, on ne peut la faire partir de nulle part.

    Je voudrais vous faire remarquer d'autre part, ceci qui paraît être la chose qu'on touche le plus couramment du monde, parce qu'après tout, c'est pas rare n'est-ce pas, il est pas du tout rare qu'on puisse avoir pour père son grand-père, je veux dire pour vrai père, et même son arrière grand-père. Oui.
    Quand les gens vivaient, comme il nous est dit dans la première lignée des patriarches aux environs de 900 ans, j'ai relu ça récemment, c'est très piquant, c'est un truquage absolument sensationnel, tout est fait pour que les deux ancêtres de Noé là les plus directs soient morts juste au moment où le Déluge se produit. On voit ça : c'est fignolé. Enfin laissons ça de côté. C'est pour simplement vous mettre dans la perspective de ce qu'il en est du père.
    De ceci, voyez-vous ce qui résulte dans ce que je vous ai dit, parce que l'heure s'avance, c'est que si nous définissons l'hystérique par ceci qui définit - ça ne lui est pas particulier - le névrosé, à savoir l'évitement de la castration, il y a plusieurs façons de l'éviter.
    L'hystérique a ce procédé simple, c'est qu'elle l'unilatéralise de l'autre côté, du côté du partenaire. Disons qu'à l'hystérique, il faut le partenaire châtré. Qu'il soit châtré, il est clair que c'est au principe de la possibilité de la jouissance de l'hystérique. Mais c'est encore trop. S'il était châtré, il aurait peut-être une petite chance, puisque la castration c'est justement ce que j'ai défini tout à l'heure comme étant ce qui permet le rapport sexuel. Il faut qu'il soit seulement ce qui répond à la place du Phallus.
    Alors, puisque Freud lui-même nous indique,  [... je vais vous dire à quelle page] nous indique que tout ce qu'il élabore comme mythe - ceci est à propos du Moïse,  "Je n'en ferais pas ici la critique" dit-il de ce qu'il a lui-même écrit, à la date où il le publie en 1938, sur son hypothèse historique, à savoir celle qu'il a rénovée de celle de ?, "car tous les résultats acquis", dit la traductrice, "constituent les déductions psychologiques qui en dérivent et sans cesse s'y rapportent"... comme vous le voyez, ça ne veut rien dire. En allemand, ça veut dire quelque chose, c'est denn sie bilden die Voraussetzung, car ils forment la supposition der psychologischen ererterrungen, des manifestations psychologiques qui, de ces données, von ihnen ausgehen, découlent et toujours de nouveau, aus sich zurück kommen, y font retour.
    C'est bien en effet sous la dictée de l'hystérique que, non pas s'élabore, car jamais l'Oedipe n'a été par Freud véritablement élaboré, il est indiqué en quelque sorte à l'horizon, dans la fumée, si l'on peut dire, de ce qui s'élève comme sacrifice de l'hystérique.
    Mais observons bien ce que veut dire maintenant cette nomination, cette réponse à l'appel du père dans l'Oedipe. Si je vous ai dit tout à l'heure que ça introduit la série des nombres naturels, c'est que là nous avons ce qui, à la plus récente élaboration logique de cette série, à savoir celle de Peano, s'est avéré nécessaire, c'est à savoir pas simplement le fait de la succession. Quand on essaie d'axiomatiser la possibiIlité d'une telle série, on rencontre la nécessité du zéro pour poser le successeur. Les axiomes minimaux de Péano - je n'insiste pas sur tout ce qui a pu se produire en commentaires, en marge et en perfectionnements - mais la dernière formule, c'est celle qui pose le zéro comme nécessaire à cette série, faute de quoi elle ne saurait d'aucune façon être axiomatisée et faute de quoi elle serait donc innombrable comme je le disais tout à l'heure.
    L'équivalence logique de la fonction du Père est très précisément ceci, cette fonction du zéro trop souvent oubliée. Je ne peux le faire qu'en marge et très rapidement. Je vous ferai observer que nous entrerons dans le deuxième millénaire en l'an 2000 que je sache. Si simplement vous admettez ça, d'un autre côté vous pouvez aussi bien ne pas l'admettre, mais si simplement vous admettez ça, je vous ferai remarquer que ça rend nécessaire qu'il y ait eu un an zéro après la naissance du Christ. C'est ce que les auteurs du calendrier républicain avaient oublié : la première année, ils l'ont appelé l'an I de la république. Ce zéro est absolument essentiel à tout repérage chronologique naturel.
    Et alors nous comprenons ce que veut dire le meurtre du père. Il est curieux, singulier, n'est-ce pas que ce meurtre du père n'apparaisse jamais, même dans les drames, comme le fait remarquer avec pertinence quelqu'un qui a écrit là-dessus un pas mauvais chapitre, que même dans les drames, il n'y a jamais... aucun dramaturge enfin n'a osé, comme s'exprime l'auteur, faire représenter, manifester le meurtre délibéré d'un père par un fils. Faites bien attention à ça, même dans le théâtre grec ça n'existe pas : d'un père en tant que père.
    Mais par contre, c'est tout de même le terme meurtre du père, qui parait au centre de ce que Freud élabore à partir des données que constituent du fait de l'hystérique et de son bord le refus de la castration. Est-ce que ce n'est pas justement en tant que meurtre du père ici est le substitut de cette castration refusée, que l'Oedipe a pu venir s'imposer, si je puis dire, à la pensée de Freud dans la filière de ses abords de l'hystérique.
    Il est clair que dans la perspective hystérique, c'est le Phallus qui est fécond et que ce qu'il engendre, c'est lui-même, si l'on peut dire. La fécondité est forgerie phallique et c'est bien par là que tout enfant est reproduction du Phallus en tant qu'il est gros, si je puis m'exprimer ainsi, d'engendrement.
    Mais alors nous entrevoyons aussi, puisque c'est du  que je vous ai inscrit l'impossibilité logique du choix de la relation insatisfaite au rapport sexuel, que c'est du papludun que je vous l'ai désigné ; c'est par là, que les incroyables complaisances de Freud, pour un monothéisme dont il va chercher le modèle, chose très curieuse, bien ailleurs que dans sa tradition. Il lui faut que ce soit Akhénaton. Rien n'est plus ambigu, je dirai, sur le plan sexuel que ce monothéisme solaire. A le voir rayonner de tous ses rayons pourvus de petites mains qui vont chatouiller les nasaux d'innombrables menus humains, enfants de l'un et l'autre sexe dont il est, dans cette imagerie de la sculpture égyptienne, tout à fait frappant que, c'est le cas de dire, ils se ressemblent comme des frères, mais encore plus comme des soeurs. Si le mot sublime peut avoir son sens ambigu, c'est bien là, puisqu'aussi ce n'est pas pour rien que les dernières images monumentales, celles que j'ai pu voir la dernière fois que j'ai quitté le sol égyptien, d'Akhénaton, sont des images, non seulement châtrées, mais carrément féminines.

    Il est tout à fait clair que si la castration a un rapport au Phallus, ça n'est pas là que nous pouvons le désigner. Je veux dire que si je fais le petit schéma qui correspondrait au "pas tous" ou au  "pas toutes", comme désignant un certain type de la relation au phi de x, c'est bien en ce sens, que c'est au phi de x tout de même que se rapportent les élus.
    Le passage, le passage à la médiation - entre guillemets - "masculine" n'est bien celle que de cet "au moins un" que je soulignais et que nous retrouvons dans le Péano par ce n+1 toujours répété, celui qui, en quelque sorte, suppose que le n qui le précède se réduit à zéro par quoi ? Précisément par le meurtre du Père.
    A ce repérage de, si l'on peut dire, le détour, la façon, pour employer le terme de Frege lui-même - c'est bien le cas de la dire - oblique ungerate, dont le sens du meurtre du père se rapporte à une autre Bedeutung, c'est là qu'il faudra bien que je me limite aujourd'hui, m'excusant de n'avoir pas pu pousser plus loin les choses. Ce sera donc pour l'année prochaine.
    Je regrette que les choses se soient cette année trouvées forcément ainsi tronquées, mais vous pourrez voir que le Totem et Tabou par contre, à savoir celui qui met du côté du père la jouissance originelle, est quelque chose à quoi ne répond pas moins un évitement strictement équivalent de ce qu'il en est du noeud de la castration, strictement équivalent, ce en quoi se marque bien ceci que l'obsessionnel, que l'obsessionnel pour répondre à la formule "il n'y a pas de x qui existe qui puisse s'inscrire dans la variable phi de x", l'obsessionnel, comment l'obsessionnel se dérobe simplement de ceci, de ne pas exister.
    C'est le quelque chose, auquel - pourquoi pas - nous renouerons la suite de notre discours, l'obsessionnel en tant qu'il est dans la dette de ne pas exister au regard de ce père non moins mythique qui est celui de Totem et Tabou, comment ? C'est là que s'attache, que s'attache réellement tout ce qu'il en est d'une certaine édification religieuse et de ce en quoi elle n'est, hélas, pas réductible, et même pas de ce que Freud accroche à son second mythe, celui de Totem et Tabou, à savoir ni plus ni moins que sa seconde topique, c'est ce que nous pourrons vous développer ultérieurement.
    Car notez-le, la seconde topique, c'est sa grande innovation, c'est le Surmoi ; quelle est l'essence du Surmoi ? C'est là-dessus que je pourrais finir, je pourrais finir en vous donnant quelque chose dans le creux de la main, que vous pourrez essayer de manipuler par vous-même. Quelle est l'ordonnance du Surmoi ? Précisément elle s'origine de ce père originel plus que mythique, de cet appel comme tel à la jouissance pure, c'est-à-dire aussi à la non-castration. Et qu'est-ce que ce père en effet dit au déclin de l'Oedipe ? Il dit ce que dit le Surmoi. Ce que dit le Surmoi - ce n'est pas pour rien que je l'ai encore jamais vraiment abordé, c'est : "jouis !". Tel est l'ordre, l'ordre impossible à satisfaire, qui comme tel est à l'origine de tout ce qui l'élabore, si paradoxal que cela puisse vous paraître, au terme de la conscience morale. Pour bien en sentir le jeu,
(fin bande-son) je dirais même la dérision, il faut que vous lisiez l'Ecclésiaste, jouis tant que tu es dans ce bas monde, jouis, dit l'auteur énigmatique de ce texte étonnant, jouis avec la femme que tu aimes. C'est tout le comble du paradoxe, parce que c'est justement de l'auteur que vient l'obstacle.

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a. Interruption suite à des bruits dans la salle : petit remue-ménage
X -   arrêtez de photographier...
J.L. - qu'est-ce qu'il se passe ? qu'est-ce qu'il y a ? pardon ?
        - est-ce que je pourrais entendre ce qu'on me dit ?
X - c'est pas vous mais il y a des photos qui sont en train d'être prises !
J.L. - si quelqu'un a quelque chose à me dire, qu'il me l'énonce de façon très précise !
b. le passage qui suit est à peine audible, hachures de son, Lacan cite précisément, ça ressemble à : "il faut que vous lisiez ça : jouis mortel, jouis ! l'auteur, vous le savez, de ce texte étonnant [...] et c'est le comble du paradoxe...(rires)"

Die Bedeutung des Phallus : accès au texte intégral "La signification du phallus", de J.Lacan, 1958.

Le Discours de l'analyste (schéma des 4 discours, in Radiophonie, Scilicet n°2/3 )
schéma des 4 discours (Scilicet 2-3)


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