Espaces Lacan

entrée du site
 

étoffes
La répétition, telle qu'elle a été succinctement abordée dans un chapitre précédent selon la perspective de son incidence essentielle dans l'accès à l'ordre symbolique de l'être parlant amène en ce point à considérer la façon dont Lacan, dans son enseignement, pose la question de la spécificité structurale de la fonction paternelle.
 D'après l'observation du jeu du fort-da[217], la situation de l'enfant le confronte non seulement à une mère qui s'absente, mais surtout à une mère qui désire ailleurs, quelles que soient son attitude et sa demande pour la retenir. Si jamais il s'est cru le seul et unique objet du désir de sa mère, objet venant combler le manque perçu chez l'Autre, soit ce qui prend nom de phallus, son impuissance à opérer le moindre effet sur les allées et venues maternelles l'oblige à réaliser qu'il n'en est rien!
Cette situation dans laquelle se retrouve l'enfant l'amène donc au choix subjectif de cette première symbolisation de l'absence du désir de la mère : ce choix est possible du fait qu'opère effectivement alors la fonction paternelle, et lorsqu'un tel choix n'est pas effectué, des effets s'en repèrent dans la clinique des psychoses. Du moins est-ce ainsi que Lacan lors d'un premier temps, en 1955, formule une première réponse élaborée à partir de la clinique des psychoses, en situant la fonction du père au niveau d'un signifiant, déplaçant ainsi le propos de Freud pour qui le père, c'était le père mort de Totem et Tabou. Ainsi fait-il du père mort un signifiant : dans la mesure où le signifiant tue la chose, le père est mort parce qu'il entre en jeu comme signifiant. Et la psychose devient alors l'effet précis du rejet de ce signifiant.
Le terme de Zeichen que relève après Lacan est ici intéressant car il renvoie à cette triple fonction du signifiant, à partir de laquelle Freud constitue l'appareil psychique dès l'Entwurf, et qu'il reprend dans le schéma du ch.7 de "L'Interprétation des rêves", puis dans "Métapsychologie", pour souligner la circularité inhérente à cette fonction signifiante qui se manifeste dans le passage du signe de perception (Wahrnehmungszeichen) à la trace de mémoration (Erinnerungsspur), au représentant de la représentation (Vorstellungsrepräsentanz), aspect triple du signifiant où l'on voit opérer cette fonction implicite de renvoi, - de l'ordre du S1: Zeichen/Spur/Repräsentanz - ou en d'autres termes cette dimension unaire du signifiant, masquée devant ou à travers les représentations explicites, Wahrnehmung/Erinnerung/Vorstellung, - de l'ordre du S2 ou signifiant binaire - qui justement fait défaut dans la psychose, sous le coup de la forclusion :
Le signifiant du Nom-du-Père est en d'autres termes ce signifiant particulier qui vient arrêter dans la chaîne des signifiants le glissement indéfini d'un signifiant à un autre et permettre à un discours de prendre sens, - soit ce qui revient ici au rôle de la signification phallique - par une sorte de capitonnage ;
Il distingue encore dans l'ensemble des signifiants, à savoir l'Autre, ce signifiant particulier en tant qu'il est signifiant de l'Autre de la loi. Mais lorsqu'il aborde la clinique des névroses et les formations de l'inconscient, le Witz, le lapsus, etc. il en vient à soutenir qu'il n'y a de loi que celle de l'ordre et de la logique du signifiant, ce qui revient à ne plus pouvoir différencier dès lors l'Autre de la parole de l'Autre de la loi ! Et force lui est de constater à propos du désir du névrosé que le Nom-du-Père, la métaphore paternelle n'engage "pas tout" du sujet dans la signification phallique...
Est-ce à dire qu'il situerait dès lors ce signifiant du Nom-du-Père du côté de la fonction du symptôme, soit comme ce qu'il élaborera plus tard dans le noeud borroméen, comme le quatrième noeud, venant faire tenir ensemble les trois premiers ronds représentant les instances du réel, de l'imaginaire et du symbolique? N'est-ce pas aussi déjà le fil théorique qu'il reprendra dans le deuxième temps de son élaboration sur les psychoses, vingt ans après le séminaire des psychoses, en 1975, avec Joyce et la notion du synthome?[241]
[217]. Cf. supra: Ch.1.2.4.a
[218]. J.DOR: "Introduction à la lecture de Lacan", op.cit. Cf.dans la seconde partie, le ch.13, la métaphore paternelle comme "carrefour structural" de la subjectivité, pp.115/116.
[219]. J.LACAN: "La situation de la psychanalyse en 1956", sept.-oct. 56, in Ecrits, op.cit. pp.459/486, citation p.469.
[220]. J.LACAN: "Les Formations de l'inconscient", séminaire inédit, 1957/58.
[221]. Cf. infra: point qui sera étudié dans la dernière partie, "Qu'est-ce qu'un père?", et par lequel je tenterai de rejoindre le titre initial de ce travail, le "chemin qui mène vers l'unarité, père et temporalité ..."
[222]. J.LACAN: "Les formations de l'inconscient", op.cit. séance du 11/12/57
[223]. J.LACAN: "L'Etourdit", op.cit., occurences de ce terme pp.15, 25, 34, etc.
[224]. S.FREUD: "L'interprétation des rêves", op.cit. p.366, le texte du rêve fait peu de temps après la mort du père est le suivant: "Son père était de nouveau en vie et lui parlait comme d'habitude, mais il était mort quand même et ne le savait pas."
[225]. J.LACAN: "Le désir et son interprétation", 1958/59, version inédite.
 - pour le rêve du père mort: séances des 26/11 et 10/12/58, 7/1 et 8/4/59;
 - pour la différence entre sujet de l'énoncé (cf.fonction des shifters) et sujet de l'énonciation: séances des 19/11, 3/12, 10/12, et 17/12/58, 13/5/59.
226. ibid. 22/1/58
[227]. ibid. 29/1/58
[228]. ibid. le 15/1/58; voir aussi: * pour la métaphore, à propos de Booz, le 13/11/57.
 * pour la métaphore paternelle, les 15/1/58, 22/1, 9/4 * et à propos du père: 12/3 et 25/6/58
[229. J.LACAN: "D'une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose", 1957, in Ecrits, op.cit. pp.531/583
230. J.LACAN: dans les "Formations..." cf. séance du 13/11/58, dans le séminaire III, op.cit. ch.XVII, pp.247, sq. et ch. XVIII, pp.253/262, et dans "L'Instance de la lettre dans l'inconscient", 14/16 mai 1957, in Ecrits, op.cit. pp.493/528, voir ici pp.506, sq.
231. J.LACAN: "L'instance de la lettre dans l'inconscient", op.cit.
232]. Pour un développement plus précis de ce processus métaphorique - qui n'est pas essentiel ici à mon propos -, voir J.DOR, op.cit. en particulier pp.54/59, 61/70, et ch.13, PP.114/122.
[233]. J.LACAN: "La relation d'objet", séminaire inédit, 1956/57, en particulier sur la fonction du père: séances des 12/12/56, 9/1, 16/1, 23/1/57, 6/3 et 19/6/57.
[234]. Cf.infra: chapitre 1.3.4.
[235]. J.LACAN: "Question préliminaire..." op.cit. p.558
[236]. ibid. p.558
[237]. ibid. p.583
[238]. Cf. J.DOR: op.cit. ch.10: "le symptôme comme processus métaphorique"
[239]. J.LACAN: "Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse", 26/27 septembre 1953, in Ecrits, op.cit. pp.237/322
[240]. J.LACAN: "L'Instance de la lettre dans l'inconscient", op.cit. p.528
[241]. Cf. infra: ch.2.1.6. sur Joyce
>