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la trame de la réalité


3. Le fantasme

Cette période durant laquelle Freud commence à remettre progressivement en question son hypothèse de la séduction et du trauma marque chez lui le temps d'un renoncement difficile mais d'où s'originent les remaniements métapsychologiques qui le mèneront vers "l'Au-delà..." une dizaine d'années plus tard[43]. Dans sa correspondance avec Wilhelm Fliess, il évoque ce renoncement, en 1897: Il faut que je te confie tout de suite le grand secret, (...) je ne crois plus à ma neurotica.[44] Sur le point de rejeter la réalité de la scène de séduction, il franchit alors le pas de reconnaître au fantasme une fonction et un statut prépondérants, et par conséquent en vient à supposer que ce qui lui semble en jeu à ce niveau dans la névrose n'opère pas de même dans la psychose : J'ai été amené à constater que dans les psychoses les plus profondes, le souvenir inconscient ne jaillit pas , de sorte que le secret de l'incident de jeunesse, même dans les états les plus délirants, ne se révèle pas."[45]
Mais si cela s'entend dans le discours psychotique et témoigne qu'il n'y a pas, faute de refoulement, passage à la fonction du fantasme, la question demeure quant à ce passage logique du narcissisme primaire à une autre étape, quant à la façon dont il se produit, des destins menant à des organisations structurelles différentes dans la névrose et la psychose, quant à la raison pour laquelle tel destin va être choisi plutôt qu'un autre, etc., ce qui en d'autres termes rejoint aussi le problème du passage de la pulsion au fantasme.
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